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Quand voyager donne le vertige

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Jean-Philippe Guyot - Professeur , médecin chef du service ORL et CCF, HUG

Jean-Philippe Guyot - Professeur , médecin chef du service ORL et CCF, HUG
Qui ne s’est jamais senti fébrile au cours d’un long trajet en voiture, eu des crampes d’estomac lors d’une traversée en bateau ou encore des nausées au décollage d’un vol? La route des vacances est souvent semée d’embûches pour qui souffre des transports. En quoi consiste ce malaise de la route, appelé cinétose? Quelle est son origine? Et comment l’éviter? Zoom sur un phénomène répandu, et pourtant mal connu, avec le Professeur Jean-Philippe Guyot, médecin-chef du service ORL aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Pâleur, nausées, haut-le-cœur, maux de tête, vertiges, et même tachycardie… Les manifestations du mal-être ressenti lors de transports sont nombreux. La «cinétose», nom scientifique donné au mal des transports, est une affection fréquente, évidemment bégnine, mais désagréable, et dont les causes physiologiques ne sont pas toujours clairement identifiées. Alors que certains redoutent d’embarquer en voiture ou en bateau, craignant la réaction de leur organisme, le malaise physique ressenti peut alors se transformer en phobie. «Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être touché par le mal des transports, qui n’est pas forcément chronique, souligne le Professeur Jean-Philippe Guyot. On ne sait pas réellement quelle est la part de phobie, cela dépend. Les deux peuvent être mêlées.» Marqué par des sensations désagréables, le malade qui appréhende le trajet à venir, pourrait contribuer inconsciemment à aggraver les symptômes de cinétose. Dans quelle mesure? Selon les individus et leur vécu, la prédisposition psychique à ce trouble pourtant bien physique varie.

Un déséquilibre à l’origine du vertige
Il n’est pas évident de délimiter les contours de la cinétose, qui est pourtant d’origine physique et prend source dans notre cerveau. «Lorsque l’on bouge, le cerveau doit analyser des données à toute vitesse, explique le Professeur Jean-Philippe Guyot. Il doit tenir compte des informations reçues par nos sens et du moment où celles-ci arrivent. En d’autres termes, lorsque le cerveau reçoit deux informations sensorielles, il doit décider si celles-ci sont simultanées. On suppose que le malaise ressenti en mouvement est dû à la difficulté d’analyser pour le cerveau cette simultanéité des événements». Rester immobile dans un environnement en mouvement continu serait donc un défi pour notre cerveau, et pourrait provoquer une sorte de vertige, à l’origine d’une perte de repères et un déséquilibre. «A vrai dire, l’équilibre n’existe pas, précise le médecin. Même immobile, on est en constante recherche d’équilibre.Et pour se maintenir en équilibre, on utilise toutes sortes d’informations transmises par nos sens: les deux visions centrale et périphérique, le système vestibulaire de l’oreille, et la proprioception, qui est la perception de soi-même.» L’origine physique de la cinétose résiderait donc dans la discordance entre informations reçues, qu’elles soient visuelles ou auditives, et le mouvement concrètement ressenti.

Garder le cap
Si les symptômes du mal des transports sont pénibles, ils peuvent aussi être combattus. Il s’agit pour cela de rétablir le déséquilibre, ou l’inadéquation entre les sens et l’environnement mouvant. «Pour se sentir mieux, il faut essayer de restaurer la concordance des informations, explique le médecin. On conseille à quelqu’un qui se sent mal en voiture de se mettre devant, car l’on voit mieux la route ou à celui qui ne supporte pas le bateau, de se mettre sur le pont pour percevoir le mouvement. Cela pour faire correspondre les informations reçues et la perception du mouvement continu.» Focaliser son attention sur une activité pourrait aussi contribuer à atténuer les symptômes de tournis. En effet, s’occuper l’esprit, en jouant par exemple sur une tablette, ferait oublier à certains malades leur malaise. Chez d’autres, à l’inverse, cela aurait plutôt tendance à intensifier les maux de tête et la sensation de nausée… S’il n’y a donc pas de méthode miracle pour contrer ce mal du passager, il existe cependant des astuces pour l’atténuer.

Un voyage sans ambages
Ponctuel ou chronique, purement physique ou en partie somatique, ce trouble reste bénin, mais invalidant. Et les traitements proposés actuellement ne permettent de combattre que les symptômes, et non de s’immuniser totalement. Avant de prendre la route, le médecin recommande d’abord de bien s’hydrater et de manger léger (mais de ne pas voyager l’estomac vide!), l’essentiel étant de bannir les aliments gras, les boissons gazeuses, l’alcool et le tabac. Il est aussi conseillé d’adopter une tenue dans laquelle on se sent bien: pas trop couvert, ni pas assez, et surtout pas à l’étroit dans ses vêtements. En voiture, assurez-vous surtout des pauses régulières, durant lesquelles vous pourrez souffler, respirer, vous dégourdir les jambes et vous détendre. Côté traitement, des médicaments antiémétiques sauront soulager les nausées si vous craignez de vomir et les maux de tête pourront être combattus à l’aide d’antalgiques légers. Musique, sieste, discussions avec les passagers… Veillez surtout à ne pas trop penser à votre état. Vous êtes bientôt arrivé, et la route des vacances ne sera bientôt qu’un souvenir.

# Jean-Philippe Guyot
Médecin-chef du service otorhinolaryngologie (ORL) aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Jean-Philippe Guyot a étudié la médecine à l’Université de Neuchâtel et de Genève, puis fait une formation ORL et chirurgie cervico-faciale dans le service Universitaire de Genève et au Health science center de New York. Spécialiste de l’oreille, et notamment des troubles de l’équilibre, sa recherche est focalisée sur le développement d’un implant vestibulaire, une oreille artificielle pour restituer la fonction déficiente.

# Comment surmonter sa peur de certains transports?
L’influence psychique sur le mal-être physique ressenti dans les transports est difficile à évaluer. Il est néanmoins certain que l’appréhension du voyage et le développement d’une phobie aggravent les symptômes physiques par un processus de somatisation. Heureusement, il existe des solutions pour combattre le stress «à la racine»: séance de relaxation ou de sport avant d’embarquer, sommeil ou activité agréable durant le trajet, homéopathie et même sédatifs légers pour les angoisses les plus marquées. L’objectif étant de ne pas partir avec une peur déjà installée, une appréhension qui viendrait se greffer à l’éventuel malaise physique. En un mot: zen!

# Top 5
Une personne sur 3 est touchée par la cinétose au cours de sa vie. Certains sont malades en avion, d’autres en bateau… L’environnement diffère, mais les symptômes sont les mêmes. Pourquoi?

Avion
Concernant 1 à 10% de la population, le mal des transports en avion serait dans de nombreux cas intimement lié au stress (peur au décollage, de l’altitude, etc.). Les soucis physiques dus aux conditions de voyage, et notamment la pressurisation de l’appareil, peuvent cependant influencer le mal-être: douleurs des sinus et des oreilles, problèmes de circulation sanguine, etc. Les conditions de voyage affectent notre organisme, qui réagit en conséquence.

Bateau
Un des moyens de transport le plus handicapant. En effet, on estime entre 25 et 30% les personnes touchées par ce qu’on appelle «le mal de mer», et qui n’est autre que la cinétose. Pour le combattre, il est conseillé de s’installer près d’un hublot ou carrément sur le pont, à l’air libre. Et de stopper toute idée de potentiel naufrage, la peur aggravant le malaise…

Voiture
S’il n’existe pas de statistiques fiables, on pense que les enfants et les femmes sont les personnes les plus affectées. Pour supporter les longs trajets, se mettre devant lorsque l’on le peut, et surtout regarder la route, aide à combattre le vertige.

Car/Bus
Comme en voiture ou en bateau, on recommande en car de regarder la route en cas de cinétose. Il est en outre conseillé de rester assis, devant si possible, et d’éviter de circuler dans l’allée.

Fusée
Il est vrai que ces voyageurs-là sont peu nombreux! Mais parmi eux, ils sont plus de la moitié à souffrir de cinétose. Cela est évidemment dû aux conditions de voyage toutes particulières (apesanteur, manque d’oxygène, etc.) qui bouleversent notre organisme.

ABR/AllTheContent News Agency